Vivons-nous l’après-extinction du soleil ?

Vivons-nous l’après-extinction du soleil ?

Depuis bientôt 13 ans qu’on en parle, l’affaire du fameux «protocole de Rebeuss», qui aurait permis, en 2003, la sortie d’Idrissa Seck de la prison où l’avait jeté le Président Wade pour un dépassement estimé à environ 25 milliards de Fcfa dans la réalisation des travaux de Thiès, vient enfin d’être évoquée par une des parties prenantes, Me Ousmane Sèye notamment.

Pourquoi seulement maintenant, au moment où trois des quatre protagonistes – Me Sèye, Me Nafissatou Diop, Me Sidiki Kaba – sont dans le camp présidentiel ? Cette sortie de celui qui fut l’avocat de l’Etat appelle plusieurs questions auxquelles, naturellement, nous n’avons pas de réponses. Et, celles-ci, nous les attendons de ceux qui savent, mais qui ont toujours gardé le silence dans cette affaire, pour on ne sait quelle raison.

Ma première question est de savoir si ces documents cités, et qui se trouveraient en l’étude du notaire Papa Sambaré Diop, ne seraient pas des faux. Ensuite, de quand datent-ils ? La réponse à ces deux questions apporterait déjà un début de clarté, avant «l’extinction du soleil». Du pain sur la planche donc, pour nos confrères journalistes d’investigation.

Autre point qui ne semble pas clair dans cette affaire : d’autant que le chef de l’Etat fait de la reddition des comptes (traque des biens mal acquis) un de ses chevaux de bataille pour amener le Sénégal à l’émergence, pourquoi l’actuel ministre de la Justice, Sidiki Kara, par ailleurs avocat d’Idrissa Seck dans cette affaire et cité par Me Sèye pour avoir été informé de la transition, n’a-t-il pas demandé au Procureur de se saisir de la question pour faire la lumière ? Naguère avocat de Bibo Bourgi devant la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei), il n’avait pourtant pas hésité à retourner (ou changer) sa veste pour revêtir la robe de l’accusateur, jusqu’à la condamnation de son ex-client.

Si Idrissa Seck s’était engagé à payer la somme de 21 milliards de Fcfa qui lui est imputée, l’avait-il fait sous contrainte ou juste pour être élargi de prison ? En tout cas, lui-même, sur un ton de plaisanterie, a évoqué une enveloppe de 7 milliards de Fcfa, qui aurait été remise à Me Wade pour faire sa campagne électorale (2007) et 7 autres à venir, pour la Présidentielle suivante (2012). Comment Me Wade peut-il utiliser une telle somme dans une campagne électorale, d’autant plus d’ailleurs que le pourvoyeur des fonds était son adversaire à cette même Présidentielle (2007), tandis que l’actuel chef de l’Etat était son directeur de campagne ? Tout cela pour dire que si cette tendance persiste, il sera difficile de prouver la culpabilité de l’ex-maire de Thiès, d’ici «l’extinction du soleil».

Par contre, je suis amené à me demander pourquoi Idrissa Seck accepterait-il d’être victime d’une torture morale pour souffrir un tel compromis ? Idrissa Seck a-t-il beau être accusé d’avoir surfacturé, il n’en a pas établi pour autant lesdites factures, autant qu’il n’a pas réalisé les travaux. Alors, qui a entrepris les travaux et produit des factures ? Ce sont ceux-là même qui, justement, ont réalisé cette route Tamba-Kidira, inaugurée en 2000 par le Président Diouf, dans un élan de précampagne. Ce sont également eux qui ont fait cette route à polémique (avec Wade), entre Kaolack et Fatick – elle est en train d’être refaite. Ce sont encore eux qui, lors de la campagne pour la Présidentielle de 2012, étaient les chantres du « Yemale » (impartialité) dans leur opposition à Wade.

Pourquoi Idrissa Seck, en fin politique qu’il est, n’a-t-il pas démonté toute cette «machination» ? Est-on en face un réseau de «surfacturation» habile, qui a su effacer (ou dissimuler) toute trace pouvant compromettre ses instigateurs ? En tout cas, compte tenu de la gravité des révélations faites par Me Ousmane Sèye, on a l’impression de vivre «l’après-extinction du soleil», si tout cela se confirmait. Et il serait alors temps pour exiger, de nos dirigeants d’hier et d’aujourd’hui, la lumière sur les chantiers de Thiès et toutes leurs ramifications.

Serigne Mour DIOP

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