Violence tous azimuts dans la campagne : Quand tout et tous dérapent !

Violence tous azimuts dans la campagne : Quand tout et tous dérapent !

La Violence n’a pas attendu le démarrage de la campagne électorale pour envahir l’espace politique sénégalais. Déjà, durant la précampagne, le cortège du maire de Dakar, Khalifa Sall, avait fait l’objet d’attaque lors d’une tournée dans le département de Tambacounda, fief du ministre de la Justice. Un incident avait été dans noté dans le cortège de Khalifa Sall à Tambacounda. Aussi, ajoutait le portail, «Barthélémy Dias refuse de répondre à la convocation du Commissariat urbain». Ce n’était hélas qu’un avant-goût de ce qui allait émailler cette campagne, où les arguments physiques et les errances verbales allaient l’emporter sur la bataille d’idées et de programmes. Dans les communes de Bambilor, Sangalkam et Rufisque, ce sont les partisans du ministre Oumar Guèye et ceux du maire Ndiagne Diop (Apr-Bambilor), qui se regardent en chiens de faïence. Tandis qu’à Ouest-Foire, les camps des ministres apéristes Abdoulaye Diouf Sarr et Abdoulaye Ndour se dont affrontés.

you-mama_mbayeLa campagne électorale pour les Législatives 2017 a été émaillée d’incident, dès le coup d’envoi, dans le quartier de Grand-Dakar, entre militants deux des principales coalitions en lice, « Benno Bokk Yaakaar » du Président Macky Sall et ceux de la « Mankoo Taxawu Sénégal » de Khalifa Ababacar Sall, qui se considèrent comme les favoris de ces consultations. Et le bilan des affrontements faisait état de plusieurs blessés, dont deux dans un état critiques. Ces deux listes seront d’ailleurs impliquées dans la quasi-totalité des heurts constatés ça et là.

Une telle attitude a fini par amener le Rassemblement démocratique sénégalais (Rds) du défunt Abdou Latif Guèye, aujourd’hui dirigé par son frère, Mactar, à annoncer la suspension de campagne électorale. Selon Mame Mactar Guèye et Cie, «à peine la campagne électorale pour les Législatives s’apprête-t-elle à boucler sa première semaine, que la violence s’invite dans l’arène en se soldant par plusieurs blessés graves, à l’actif de deux coalitions rivales, avec pour théâtre d’opération le quartier déshérité de Grand-Yoff».

La violence prend ses quartiers dans la campagne

Grand-Yoff, justement, «territoire conquis» de la tête de liste nationale de « Mankoo Taxawu Sénégal », où Khalifa Sall gagne toutes les élections depuis 1996, a failli être une hécatombe pour trois ministres du gouvernement Boune Abdallah Dionne, notamment Youssou Ndour, Souleymane Jules Diop et Mame Mbaye Niang. La caravane de Benno Bokk Yaakaar a été attaquée à Grand-Yoff par des jeunes supposés partisans du maire de Dakar, Khalifa Sall dont c’est le fief. Les assaillants ont usé de pierres et d’armes blanches pour saborder la manifestation du camp du pouvoir. À la tête du cortège, Youssou Ndour a été exfiltré de justesse.

Quelques jours plus tôt, c’est le maire de Ziguinchor, en tournée dans le Fouta, qui a failli y laisser la vie. À Ourossogui, la caravane d’Abdoulaye Baldé a été attaquée, et l’on a pointé un doigt accusateur sur le député-maire d’Agnam, Farba Ngom. «Nous sommes dans une République unitaire, il ne devrait pas avoir d’attaque, il ne devrait avoir de no man’s land…», avait laissé entendre Abdoulaye Baldé. Dans la même lancée, le cortège du maire socialiste (dissident) Barthélémy Dias a été attaqué à Dakar, sans parler des nombreux heurts entre militants de l’Alliance pour la République (Apr, au pouvoir), lorsqu’il s’était agi de confectionner les listes. Une hérésie qui avait amené le président de la Coalition BBY à geler toutes les Assemblée général d’investiture pour prendre les choses en mains.

Et il n’est pas exclu de voir la violence gagner du terrain, en ces 15 derniers jours de campagne, surtout pour «rattraper du temps», par rapport à ces trois coalitions qui semblent avoir pris de l’avance en termes de mobilisations, notamment celles conduites par Me Abdoulaye Wade, Mahammad Boune Abdallah Dionne et Khalifa Sall, dans le désordre.

Dés événements de Kagnogo à l’assassinat de Me Sèye

Mais la violence en politique, ce n’est pas nouveau au Sénégal, même si on votre dans ce pays depuis plus d’un siècle. Les plus marquées ont certes été celle de 19852, avec les événements de Kagnogo, où l’ancien président de l’Assemblée nationale, Me Lamine Guèye, a failli laisser sa vie. En 1988, Me Abdoulaye Wade l’a échappé de peu, dans la même zone de la Casamance, sans parler de cette violence aveugle et inouïe qui avait suivi la publication des résultats et qui obligea le Président Abdou Diouf à décréter l’Etat d’urgence et l’emprisonnement de ses principaux adversaires.

La Présidentielle et les Législatives de 1993 ont atteint le point d’orgue, avec l’assassinat du vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Sèye, sans parler des événements du 16 juillet 1994 où, à la fin d’un meeting de l’opposition, animé par Me Abdoulaye Wade, six policiers et un civil ont perdu la vie. Ce fut une journée horrible pour les Forces de l’ordre et les Sénégalais tout court. Ce jour-là, un journaliste, aujourd’hui disparu, avait été à l’origine du sauvetage de nombreux policiers, dont le véhicule est tombé en panne de carburant, juste devant les manifestants. Il s’agit de Mame Olla Faye, qui s’est dressé au péril de sa vie, pour convaincre les assaillants à préserver la vie de ces concitoyens. Il a d’ailleurs été décoré d’une médaille de reconnaissance par la Police nationale. Paix à son âme.

 

Les «Comités d’action» de Senghor et les «Calots bleus» de Wade

Mais, pour comprendre cette violence, il faut d’abord remonter à la naissance de ces structures constituées de gros-bras que l’on appelle «garde rapprochée» et autres comités de sécurité. Les premiers connus, au Sénégal, ce sont les «Comités d’action» de l’Union progressiste sénégalaise (Ups), créés par le Président Senghor. Armés de gourdins et autres «malaglous», ces hommes faisaient la loi, aux yeux et à la barde des Forces de l’ordre. Ensuite, sont arrivés les «calots bleus» du Pds, dont la mission première était de «sécuriser les meetings de Me Wade». Ces groupes de défense, mais aussi d’attaque, au besoin, sont souvent constitués de lutteurs en perte de vitesse et de pratiquants des arts martiaux qui évoluent dans des dojos clandestins, loin du contrôle des structures fédérales.

 

La traite des lutteurs en perte de vitesse

A la veille des campagnes électorales, les écuries de lutte et autres structures de ce genre se rapprochent des politiciens du quartier, de la commune où du département, à qui ils offrent leurs services pour la sécurisation de leurs manifestations. Pour bien comprendre ce jeu, ce sont ceux-là que les lutteurs comblent de remerciements de tous genres, quand ils sont invités sur les plateaux de télévision. Alors, les partis politiques recrutent des gros-bras, dont la principale mission est de «déstabiliser les adversaires, de saboter disperser leurs manifestations» et, au besoin, «de tout casser». Et c’est souvent le lot des lutteurs qui ont vécu une «année blanche», dont dépourvus de tout moyen. Très peu de lutteurs, anciens ou en activités, peuvent jurer n’avoir jamais servi de «gros-bras» à ces hommes politiques.

La violence, si l’on se réfère à l’explication donnée par le site «wikipedia», «c’est l’utilisation de force ou de pouvoir, physique ou psychique, pour contraindre, dominer, tuer, détruire ou endommager». Aussi, implique-t-elle implique des coups, des blessures, de la souffrance, ou encore la destruction de biens humains ou d’éléments naturels. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), «la violence est l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès».

La vérité est qu’en tout être humain, sommeille encore une part d’animosité qui, quand elle s’extériorise, conduit le sujet à des actes incontrôlés et souvent dirigés contre son prochain. Et ce n’est pas qu’en politique que cela se manifeste. Dans le sport comme dans toute activité où la concurrence est de vise, la violence peut s’inviter et finir par devenir la règle. Regardez ce qui s’est passé, samedi 15 juillet au stade Demba Diop… 8 personnes ont perdu la vie dans un match de football, du fait de l’effondrement d’un pan de mur, mais aussi et surtout parce que la victoire avait semblé choisir son camp, ce qui n’était pas du goût de certains supporters, qui ont usé de la violence pour empêcher la perte de la partie.

Quelle solution pour éradiquer la violence au Sénégal ? Après le naufrage du bateau « le Joola », qui a fait près de 2.000 victimes en 2001, le Président d’alors, Me Abdoulaye Wade, avait appelé les Sénégalais à faire leur introspection, à revoir leurs conduites, à revenir à leur éducation et à leurs valeurs de base. Apparemment, c’est le même discours qu’il faut ressasser, aujourd’hui, afin que tous nos compatriotes comprenne que leur sécurité dépend entièrement de celle des autres et qu’en protégeant l’autre, on se protège soi-même. Alors, à qui la faute ? A tous ceux qui, dans leur propos, la suggèrent, y incitent par leurs actes ou accepte de s’y adonner, moyennant des récompenses.

Serigne Mour DIOP

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