Musul… menteur ?

Musul… menteur ?

Il y a quelques mois, lorsque le chanteur Souleymane Faye se définissait comme un «musulmenteur», cette formule inspirée d’un esprit anticonformiste avait choqué plus d’un Sénégalais. Comment un musulman pouvait-il avouer qu’il n’agissait pas tout à fait comme le recommande le Coran, qu’il lui arrivait même de transgresser les interdits en toute connaissance de cause et continuer à se proclamer musulman ?

Quelle mouche avait donc piqué Souleymane Faye pour qu’il avouât qu’en tant que musulman, il buvait (quelques fois) de l’alcool, mentait (quelques fois) pour se tirer peut-être d’une situation embarrassante, mangeait (quelques fois) de la viande de porc, lorsqu’il était invité par ses amis chrétiens ? Il semble que le chanteur tenait son inspiration de son envie de dire, au moins une seule fois, une vérité que l’on ne dit pas assez ou que l’on craint de dire pour ne pas s’attirer les foudres des hypocrites qui pullulent dans notre société et qui s’étranglent de voir que quelqu’un a vendu la mèche.

Eh oui ! le «musulmenteur» existe bel et bien chez nous, c’est une espèce bien sénégalaise qui s’exhibe tous les vendredis à la mosquée du coin, le chapelet bien visible sur la main droite et le bonnet carré bien vissé sur la tête, mais qui ment à sa femme lorsqu’il doit prendre une «niaarel» (c’est le marabout qui lui a forcé la main, voyons…), qui puise dans les caisses de la mosquée, sous le prétexte que la DQ fait défaut (les enfants n’ont pas encore mangé que Dieu me pardonne ce petit chapardage) et qui boit du Ricqlès pour ne pas dormir lors des chants religieux (ce n’est que de l’alcool à la menthe pure…). Je ne vous parle pas de ce marabout qui comptabilise plus d’une dizaine d’épouses, alors que l’Islam n’en autorise que quatre (ce sont des «esclaves affranchies», c’est pour multiplier la race des croyants)…

C’est bien un autre chanteur, je ne sais plus qui de Pape ou Cheikh disait dans Ndoumbélane (cette réplique animalière du Sénégal de Senghor à Sall) que, dans cette jungle de Djoloff «lunu sopp daganal ko», autrement dit «l’art de rendre licite tout ce que l’on adore» est une spécialité bien de chez nous. « Diégo » (surnom de Souleymane Faye) a bien raison, et l’on comprend pourquoi l’évocation la plus courante, lorsque le Sénégalais se parle à lui-même, c’est… Astafourlah ! Quoi qu’il en soit, Dieu saura reconnaître les siens.

Baye Bass

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