Equilibre encore douteux et fébrile pour le nouveau gouvernement de Macky Sall (par Karfa Sira Diallo)

Equilibre encore douteux et fébrile pour le nouveau gouvernement de Macky Sall (par Karfa Sira Diallo)

Tout un symbole que cette explication intrusive et intempestive du nouveau premier ministre lors de la lecture de la liste des membres du nouveau gouvernement de Macky Sall.

Venu prématurément faire la pédagogie du nouvel attelage gouvernemental sénégalais, Mohamed Dione, nouveau premier ministre de Macky Sall, a donné l’impression, non seulement d’ignorer le protocole républicain, mais pire d’illustrer la difficulté institutionnelle et politique qui a présidé à la constitution de ce deuxième changement de gouvernement.

Bousculant le secrétaire général de la présidence de la république venu lire comme il se doit la liste des nouveaux ministres, Mohamed Dione pose un premier acte public lourd de conséquences.

D’abord sur la forme, bien sur, cette précipitation a être sous les feux des projecteurs révèle un manque de confiance et une fébrilité préjudiciables à l’exercice d’une mission régalienne de la plus haute importance. Et sur le fond, la justification de «l’innovation», la création, non pas de «trois secrétaires d’état» comme il l’a annoncé mais de six (6) nouveaux membres«à coté des ministres», était t-elle nécessaire? Prévenant surement l’entorse constitutionnelle à l’article 53 qui n’a jamais prévu de secrétaires d’état, le nouveau premier ministre a donné une explication assez confuse des raisons et des missions assignées à ces nouveaux nominés chargés de «renforcer la réforme de l’administration sénégalaise».

Et c’est bien dans ce sens des équilibres politiques, qu’on cherchera, en vain, les gains d’organisation, de pragmatisme et d’efficacité attendus par les sénégalais.

Si le sort de l’ancien premier ministre Aminata Touré, dont l’explosion prématurée n’est due qu’à son manque de lucidité, était scellé depuis sa mémorable défaite des récentes municipales sénégalaises, il reste que ce nouveau gouvernement porte en lui les germes d’un échec prévisible.

D’abord dans sa taille: 39 membres. Dépassant de 7 ministres le précédent gouvernement d’Aminata Touré, Mohamed Dione et sa nouvelle équipe pléthorique devront répondre à une demande sociale en souffrance et dont l’impatience va croissante. Et, il n’est pas sur que cette profusion de ministres soit d’un grand secours dans des circonstances politiques et économiques qui nécessitent réalisme et efficacité.

S’il est attendu que nombre d’observateurs s’attarderont sur la nomination du frère de la première dame, Mansour Faye chargé de l’hydraulique dans le nouveau gouvernement, dont le récent succès électoral à Saint-Louis reste contesté, il y a aussi le réaménagement sensible de la communication gouvernementale.

D’abord sur les promotions politiques de l’entourage familial présidentiel, il convient de relever l’extrême et justifiée susceptibilité des sénégalais à l’égard de la partialité de l’Etat et de son chef. Honni par le peuple pour ne pas l’avoir compris, AbdoulayeWade et le PDS en ont fait les frais. De Guédiawaye à Saint-Louis en passant par nombre de Conseils d’administration, la famille du couple présidentiel reste trop visible dans le dispositif de l’Etat sénégalais. En faisant de son gendre le nouveau ministre de l’hydraulique, Macky Sall, qui ne peut ignorer la réticence des sénégalais au népotisme, joue avec le feu.

Cependant, le nouveau recadrage de l’exécutif ne se limite pas seulement au gouvernement. Le président de la république semble en avoir profité pour se débarrasser de deux journalistes gênants et controversés (Souleymane Jules Diopchargé de la communication du président et Abdoul Latif Coulibaly porte-parole du gouvernement) dont les relations exécrables avec plusieurs milieux influents ont entraîné la chute.

Plus emblématiques sont les départs de Aly Haïdar ancien ministre de l’écologie à l’engagement et à la probité irréprochables. On ne peut en dire autant de l’ancien ministre de la communication, Cheikh Bamba Dièye, qui n’aura même pas eu l’élégance de se plier au protocole de l’Etat. Largement battu dans sa mairie de Saint-Louis, il a annoncé sa démission dés le soir du dépouillement non sans avoir au préalable, et dans une mauvaise foi confondante, déversé sa bile sur un gouvernement dont il a été ministre depuis deux années.

Pour le reste, le président Macky Sall, après le récent échec électoral de sa tentative de contourner sa coalition, rengaine son intention de se débarrasser de ses alliés dont l’expérience gouvernementale et la légitimité politique sont plébiscitées par les sénégalais donc incontournables. Gageons que l’ambiance des conseils de ministres et des réunions de la majorité parlementaire sera empreinte de méfiance et de soupçon aprés les déchirures internes des élections locales.

Les sénégalais, quant à eux, entre résignation et détermination, vont continuer d’indiquer les chemins de la vertu et de l’éthique à des dirigeants amnésiques qui doivent transformer leur culture politique et leur méthodes pour répondre efficacement aux besoins des populations.

Alors quand le nouveau premier ministre résume sa feuille de route «au travail», on ne peut que le croire sur parole. Le diagnostic est bon: jusque-là les deux précédents gouvernements n’ont fait que de bricolage!

Karfa Sira Diallo

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