Drame du Stade Demba Diop : Ces 8 maux qui font 8 morts !

Drame du Stade Demba Diop : Ces 8 maux qui font 8 morts !

Assane Thiam, Oulimata Tall, Mama Boucounta Sow, Assane Dione, Seydou Diouf, Assane Mbaye, Diokhor Diouf et De Gaulle Gomis avaient été déclarés morts des suites de l’effondrement d’un pan du mur bordant la tribune découverte du stade Demba Diop, samedi 15 juillet dernier. A cette liste macabre, sont venues s’ajouter deux autres victimes, Badou Fall et Mamadou Diouf en l’occurrence. Pour comprendre l’origine du mal, qui a plongé la Nation tout entière dans le deuil, il faut évoquer huit maux essentiels, hélas comme le nombre de personnes qui ont laissé la vie dans le stade, et qui pourraient engendrer d’autres catastrophes, si l’on y apporte pas de remède.

  1. La barbarie des supporters

Dans les matchs de football, de basket, les combats de lutte, ce sont souvent des supporters envahis par un chauvinisme d’une autre époque qui prennent d’assaut les gradins. Très souvent, malgré la vigilance des Forces de l’ordre, qui opèrent une fouille à l’entrée des stades, nombre d’entre eux parviennent à y introduire des armes blanches, des cailloux et autres objets pouvant occasionner des blessures voire des pertes en vie humaine. Ces supporters (ou fans clubs) sont souvent constitués de jeunes, garçons et filles, pour la plupart sous l’emprise de la drogue.

Ils ont beau avoir été sensibilisés par les dirigeants des équipes ou écuries, ils n’en saisissent que la gagne. Pour la petite histoire, il y a une équipe « Navétanes » de la zone 3 de Dakar qui est souvent suspendu pour des raisons de casse. Cela résulte de différends entre dirigeants et, après chaque Assemblée générale élective, les perdants s’érigent en empêcheurs de tourner rond. «Gagnez, ou nous serons suspendus», disent-ils aux dirigeants élus. Ainsi, dès que l’équipe enregistre la moindre défaite, il y a grabuges et les autorités du mouvement « Navétanes » sévissent sous la forme d’une suspension.

Si ces «hooligans» d’un type nouveau ne sont pas mis hors d’état de nuire, le sport sénégalais sera toujours miné de l’intérieur, son esprit dévoyé et sa pratique deviendra, in fine, un risque énorme, pour ne pas dire suicidaire.

  1. Le déficit dans l’éducation de base

Si les supporters en arrivent à ces excès, c’est simplement dû au déficit accusé par l’éducation de base. Jeune reporter, il nous a été donné de voir un joueur venu ramasser une balle sortie en touche, lors d’un match « Navétanes » de la zone 4 de Guédiawaye, saluer le délégué de match en ces termes : «Bonjour, Monsieur», avant d’exécuter la remise en jeu. Quand nous avons interrogé le délégué de match sur les égards à lui adressés par le joueur, il nous a réponde : «Je suis sont prof de français». Voilà l’image que renvoyait le dirigeant du mouvement « Navétanes », du sport tout court, à une certaine époque.

De nos jours, ce sont les plus arrogants, les «guerriers», qui dirigent certaines structures qui interviennent dans l’éducation des enfants. Naturellement, les parents ne sont pas exempts de tout reproche, eux qui doivent préparer l’enfant à une vie en société. La démission parentale, face à la révolte de l’adolescent, contribue grandement à une certaine forme de déviance.

Plus d’une semaine avant la finale, des mini-bis décorés aux couleurs de l’Us Ouakam ont circulé entre les trois villages traditionnels lébous (Ngor, Ouakam, Yoff), afin de mobiliser le plus de supporters. Si ces caravanes prônaient en même temps le fair-play et la non-violence, peut-être que le drame de Demba Diop ne serait pas survenu.

  1. Le dépassement des capacités du stade

Combien de spectateurs étaient dimanche sur les travées du stade Demba Diop, dont la capacité d’accueil ne dépasse pas les 25.000 places ? Près de 40.000, très certainement ! Pourquoi les autorités fédérales et celles de la Ligue Pro ont-ils vendu plus de place qu’il ne fallait ? La cupidité et l’appât du gain ? Si le souci était de faire de bonne recette, pourquoi n’a-t-on pas délocalisé la finale au Stade Léopold Sédar Senghor, qui a une capacité d’accueil de près de 60.000 places ?

  1. La complaisance des autorités sportives

Ce lundi 17 Juillet 2017, une sanction est tombée contre l’Union sportive de Ouakam, un des protagonistes de la finale, sans la moindre enquête, simplement parce que tous les regards sont tournés vers cette formation, souvent récidiviste. Les autorités fédérales n’auraient pas du attendre que 8 à 10 personnes perdent la vie dans ce football pour sévir. Des mesures dissuasives aurait dû être prises en amont, afin que toutes les équipes veillent à la bonne tenue de leurs supporters. En ne le faisant pas, ils ont laissé la voie ouverte à tous les excès, tous les débordements.

  1. L’insuffisance des Forces de l’Ordre

Lors des grandes manifestations sportives, comme les matchs de l’équipe nationale et les galas de lutte, les forces de Police et de Gendarmerie sont mises à la disposition des organisateurs, en plus d’agences de gardiennage souvent utilisées. Il suffit juste de passer la commande et de passer à la caisse. Entre les deux travées où étaient logés les supporters des deux camps, il y avait à peine moins d’une dizaine de policiers. Que peuvent-ils faire face à un public en furie ? En ne faisant pas appel à un bon contingent d’agents de sécurité, les dirigeants de la Ligue Pro ont encore fauté.

  1. L’usage abusif des grenades lacrymogènes

Assurer la sécurité, dans les stades du Sénégal, rime souvent avec jets de grenades lacrymogènes. Des les premières échauffourées, les policiers dégainent et larguent des grenades en pleine tribune. Naturellement, le Sénégalais ne craignant que les armes à feu et les chiens, c’est le sauve-qui-peut. Et cette tentative de «sauver sa peau» découche, le plus souvent, sur des blessures et mort d’homme. Selon des confrères qui étaient présents dans la tribune de presse, plusieurs journalistes ont été touchés et quelques-uns même se seraient évanouis pour avoir inhalé le gaz. Cela aussi, les forces de Police doivent y remédier. Il est vrai qu’un commandant de Compagnie du Groupement mobile d’intervention (GMI) nous disait, un jour, «on ne peut pas faire du service d’ordre en caressant les gens». C’est vrai, mais il doit exister dans leur arsenal des moyens de dissuasion efficaces et moins dangereux que ces grenades dont l’usage est devenu abusif.

  1. Le désœuvrement d’une jeunesse sans perspective

Une jeunesse laissée à elle-même, souvent pas instruite et qui tire le diable par la queue a beaucoup tombe souvent dans les travers. C’est celle-là qui boit du thé à longueur de journée, s’adonne à l’usage des drogues dans le quartier, au vu et au su de tous et qui, lors des grandes manifestations sportives, remplissent les stades. Si cette jeunesse avait été encadrée, préparée à la vie active, elle entreverrait des perspectives prometteuses qui la tireraient du désœuvrement dans lequel il est confiné. Et comme le dit l’adage, «l’oisiveté étant la mère de tous les vices», certains jeunes finissent par verser la délinquante (alcool, sexe, agression…).

  1. La vétusté du stade Demba Diop

Construit en 1962 et livré l’année suivante pour les besoins des Jeux de l’Amitié de 1963, l’ancien Stade de l’Amitié a été débaptisée «Stade Demba Diop», du nom de l’ancien ministre des Sports, après son assassinat de plusieurs coups de couteau au cours d’une réunion de l’Union progressiste sénégalaise (UPS), à la gouvernance de Thiès. Depuis lors aussi, le stade n’a jamais connu de réfection sérieuse, tout comme l’entretien a été toujours défectueux. Après la reprise du stade Léopold Sédar Senghor, l’Etat a entrepris de remettre Demba Diop à neuf.

Comme nous l’avons écrit dans notre édition d’hier, la suggestion avait été faite par des spécialistes de raser totalement la bâtisse et de construire, en lieu et place, un stade flambant neuf, aux normes de la Fifa. Mais là, l’Etat a choisi la solution de la facilité en attribuant le marché à une entreprise, qui s’est contentée de faire du saupoudrage, dans un stade où un pylône a eu à s’effondrer et où une tribune vacillait. Résultat : un mur supposé avoir été fait en béton s’est affaissé, comme un château de cartes.

Ces huit maux sont à l’origine de la mort de huit personnes – maintenant 10 avec le décès de deux des 102 blessés, notamment Badou Fall et Mamadou Diouf. Pour que leurs âmes reposent en paix, le stade Demba Diop doit être entièrement repris et, pourquoi pas, rebaptisé «Stade du 15 Juillet».

Serigne Mour DIOP

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